Où il est question d’espérance de vie

Tous les journaux l’annoncent nous vivons plus vieux, mais est-ce vrai? Et si cette augmentation de longévité est souhaitée et si nous vivons également mieux plus longtemps, cette réalité ne vaut pas pour tout le monde…

L’étude, parue il y a peu dans le British Medical Journal, évoque non seulement la Belgique, mais a en fait porté sur 18 pays de l’Organisation de Coopération et de Développement Economique (OCDE) à haut revenu entre 2014 et 2016. L’objet de l’étude résulte d’une inquiétude de la part des chercheurs pour qui – contrairement à ce qui est dit généralement – notre longévité se tasse, voire décline…

D’abord les bonnes nouvelles. En Belgique, nous avons augmenté nos années de vie de 1,04 an pour les femmes, soit 83,69 ans en moyenne, et de 1,41 an pour les hommes, soit 78,79 ans. C’est mieux que beaucoup de pays étudiés, même en ce qui concerne nos voisins directs.

Bad news…

En effet, dans l’ensemble, les auteurs constatent une baisse de l’espérance de vie! Sur les 18 pays concernés, 12 vivent une diminution de celle-ci pour les femmes et 11 pour les hommes. Deux pays connaissent un sérieux déclin: le Royaume-Uni et… les USA.

Les raisons sont différentes. Si outre-Manche, cela concerne essentiellement les plus de 65 ans, outre-Atlantique, ce sont les moins de 65 ans qui en sont les principales victimes! Pour ces derniers, il s’agit essentiellement de décès dus aux overdoses de substances illicites et à des causes exogènes comme des accidents de voiture, des meurtres, etc. Pour les Britanniques et pour les autres, ce sont des maladies cardiaques et respiratoires (grippe, pneumonie) et des troubles nerveux et mentaux qui cheminent en tête du cortège funèbre.

Toutefois, il faut nuancer. La réduction des années de vie semble se concentrer sur les années 2014-2015 alors que l’année suivante 2015-2016, celle-ci semble augmenter et compenser plus ou moins les pertes sauf comme annoncé pour les Anglo-Saxons…

Or, la longévité est une question sociétale. Dans la baisse de l’espérance de vie de nos amis britanniques, ne faudrait-il pas voir l’impact à retardement des années de disette médicale chronique auxquelles ils ont dû faire face? Pour les USA, les soins de santé de qualité sont pratiquement impayables pour qui n’a pas une solide assurance fournie par une compagnie qui choisit bien ses affiliés.

Les auteurs précisent d’ailleurs que l’espérance de vie constitue une mesure de la santé et du bien-être à l’échelle d’un pays. Il s’agit donc d’un ensemble reflétant les conditions sociales et économiques ainsi que la qualité des soins de santé au niveau national. C’est pourquoi vu l’amélioration de nos conditions de vie, le constat d’un déclin ou même d’une stagnation constitue des signaux d’alarme inquiétants. Or, nous savons d’expérience que notre avenir dépend souvent de ce qui vient d’outre-mer. Il faudra donc rester vigilants pour nos choix de société…

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Derniers commentaires

  • Christian Massot

    03 octobre 2018

    L'article concentre son analyse sur l'accès aux soins en fonction du statut socioéconomique. Toutefois, les soins de santé contribue pour moins de la moitié à l'allongement de l'espérance de vie et d'autre part, les inégalités sociales exercent leurs effets sur la santé bien en amont du système de soins de santé (accès à un logement décent, accès à l'éducation, accès à une nourriture de qualité, comportements délétères pour compenser des conditions de vie difficiles...). Dans les pays riches, l'égalité de répartitions des richesses est un bon prédicteur de l'espérance de vie alors qu'à partir d'un certain niveau, le PIB n'a plus d'influence.