Coronavirus : "Sans moyens de protection les généralistes sont vulnérables " (Dr S.Ulrix)

Face à la progression des cas de coronavirus (« c’était prévisible, au retour des vacances… »), Simone Ulrix, longtemps présidente du Cemaf, le petit cercle de Malonne-Floreffe, en appelle aux autorités de Santé. « Les généralistes, mais aussi les autres professionnels en contact avec les patients, doivent recevoir les moyens de se protéger ».

Le Dr Ulrix souligne à quel point les médecins, en Chine, ont déjà payé un lourd tribut à la maladie. De chiffres repris par le Nouvel Obs, elle infère que le Covid-19 est grave pour 18,5% des patients mais pour… 56% du personnel médical ! Un personnel qui, a priori, n’a pas plus de 80 ans. « Faut-il penser que les expositions cumulatives aggravent le risque ? Ou que [les collègues chinois] ont continué à travailler jusqu'à l'épuisement ? » Pour elle, la première chose que les prestataires belges sont en droit d’attendre des autorités de tutelle, c’est qu’on songe à leur protection, « tant pour ne pas affaiblir les forces de travail en situation critique que pour éviter la dissémination ».

En l’absence de vaccin, les MG ne peuvent se prémunir du coronavirus, comme ils le font pour la grippe saisonnière. « On nous dit de porter un masque chirurgical durant l’examen, et un masque FFP2 durant le frottis de gorge. » Or les masques sont, notoirement, introuvables. « Un confrère, il y a 15 jours, en avait commandé via internet. Tout était déjà payé, mais sa commande lui a été remboursée : rupture de stock... On est coincés. »

Une certaine rigidité procédurière semble également à l’œuvre. « On ne peut pas faire un frottis de recherche du coronavirus sans avoir l'autorisation préalable du médecin-inspecteur et le matériel de protection », poursuit le Dr Ulrix. « Une jeune consœur, dans la région, a voulu tester un patient qui revenait d’Asie et toussait. Son frottis n’a pas été analysé, faute de respect de cette procédure. » Et notre interlocutrice de se demander s’il est bien réaliste, dans un contexte de salles d’attente bondées e.a. avec les infections respiratoires de saison, d’obliger les MG à faire non pas une mais deux visites à domicile. « La première pour évaluer l'état du patient et son éligibilité pour un test, la seconde pour procéder à ce test après avoir passé X temps au téléphone pour exposer le cas au médecin-inspecteur et attendu la fourniture du matériel... Surréaliste ! »

Simone Ulrix met aussi le doigt sur le fait que, parmi les MG en activité, se trouvent deux groupes numériquement importants et étiquetés comme plus à risque : les individus plus âgés (les MG sont une profession globalement vieillissante) et les femmes enceintes (les jeunes MG sont majoritairement des jeunes femmes qui ‘planifient’ une grossesse à la fin de leur formation). « S'est-on posé la question des forces vives si on écarte tous les généralistes à risque ? »

Protéger les MG, mais pas uniquement…

Enfin, notre interlocutrice insiste sur la nécessite d’informer correctement et de protéger aussi les autres métiers en contact avec les patients, des secrétaires aux pharmaciens, « qui ne sont pas derrière un guichet », en passant par les kinés ou les infirmiers. « A Malonne et Floreffe, il existe depuis quasi 30 ans une asbl de coordination des soins à domicile, la CSDFM. Elle a conçu et actualise un cadastre des prestataires locaux, qui n’existe nulle part ailleurs à l’identique. Elle dispose de mailings lists par lesquelles on fait transiter toutes les informations et instructions utiles à tous les soignants. »

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Derniers commentaires

  • Philippe Lemmens

    07 mars 2020

    Oui effectivement il semblerait que les acteurs de première ligne soit oubliés... Les généralistes sont les plus exposés... La France semble disposer d'un stock de masques important pour faire face à une pandémie mais apparemment pas la Belgique. Que font nos responsables politiques ?

  • Jean LANSMANNE

    05 mars 2020

    Je me permets de rappeler que l'homéopathie a déjà joué un rôle intéressant dans d'autre pandémies. Un forum est actuellement actif depuis une dizaine de jours et arrive à des conclusions potentiellement intéressantes. Il s'enrichit également de l'expérience de nos confrères, y compris asiatiques.
    Je suis conscient que ces quelques lignes risquent de hérisser certains confrères… mais en présence d'une pandémie contre laquelle n'existe aucun traitement curatif médical classique …. pourquoi pas ?
    Une approche n'empêche pas l'autre.
    Bien confraternellement
    Dr Lansmanne
    Président de la Société Royale Belge d’Homéopathie