MRS et suivi de médication : retour d'expériences dans le Hainaut 

Le suivi de médication en MRS est au centre de toutes les attentions. Si la récente étude Solidaris montre une diminution de la consommation des médicaments dans ces lieux, des projets sont en cours sur le terrain pour encore améliorer les pratiques. Parmi ceux-ci, dans le Hainaut, Charlotte Dejehansart, Coordinatrice de l’asbl du Plan d’Accompagnement Concerté Transversal (PACT) à La Louvière, participe à une réflexion multidisciplinaire.

 «Sur le terrain, nous avons une réflexion avec l’Observatoire de la santé du Hainaut, les centres locaux de la santé, l’organe supra communal, Centropole, sur des thématiques santé… Nous avons également un groupe de copilotage avec des partenaires de 1ère ligne de soins et de 2e ligne.»

Renforcer le lien médecin-pharmacien

Dans le souhait d’améliorer le travail interdisciplinaire, le lien entre le pharmacien et le médecin est tissé au travers de différents projets : «Nous avons commencé à travailler sur un projet « Benzo ». Nous avons lancé des CMP, des concertations médico-pharmaceutique en soirée avec des pharmaciens et généralistes. Nous en avons réalisée une première en avril pour un Glem et d’autres sont prévues pour le 2e semestre 2023. Elles sont animées par un pharmacien formé à cela par l’AUP et en collaboration avec l’Uphoc. »

Évidemment, la santé des personnes âgées est au centre de leur réflexion avec pour ligne directrice la sécurité de la médication. Sur le terrain, des projets ont été lancés notamment avec les MRS de Mariemont et des Buissonnets du groupe Jolimont. 

Améliorer les habitudes 

Concrètement, plusieurs actions ont été menées: «Nous avons reformé les équipes nursings aux interactions médicamenteuses de la personne âgée. Nous avons aussi procédé à une sensibilisation auprès des médecins coordinateurs qui étaient intéressés. On a co-crée avec eux une checklist (chute des patients, troubles de l’attention du patient....) de points qui attirent l’attention sur l’importance d’une revue de la médication. »

Pour rappel, on parle de polymédication à partir de 5 médicaments administrés au patient et d’hyperpolymédication, équivalent à la prise de 10 médicaments ou plus.

Il y aurait 13% de risque de comorbidités lors de la prise de 2 médicaments en lien avec les effets secondaires directs et  38% de comorbidités avec la prise de 4 médicaments... et 82% de comorbidités avec 7 médicaments ou plus.

Actions concrètes : un porfolio

Sur le terrain, les Drs De Blauwe et Baudouin ont présenté l’outil STOPP/START. Comme cela a été expliqué lors d’un récent symposium organisé sur la question par le PACT : « Il permet la réconciliation médicamenteuse à la sortie d’hospitalisation. Cet outil reprend des listes de médicaments inappropriés chez le patient âgé et il met en lien les interactions médicamenteuses et le risque de comorbidités. Une feuille de réconciliation médicamenteuse est transmise à la sortie d’hospitalisation au patient pour le médecin traitant avec une copie dans la lettre d’hospitalisation.»

Les résultats sont intéressants : «Nous constatons une réduction de 74,5% de la polymédication et 31,8% de diminution de l’hyperpolymédication. Il y a également plus de 75% de maintien des changements de traitements faits en intra-hospitalier par le généraliste et avec l’aide du patient comme partenaire.» 

Données médicales insuffisantes

Lors de ce même symposium, les pharmaciens S. Pirlot et F. Lamboray ont abordé les problèmes rencontrés par les pharmaciens qui soulignent que les données médicales sont souvent insuffisantes : «Nous avons travaillé à la construction d’un portfolio sur les médicaments du top 10 reprenant les IPP, les benzodiazépines, les antipsychotiques, le paracétamol, ACO, ISRS, les statines, L-Thyroxine, le fer et la vitamine D. Ce portfolio se base sur une analyse qui a été faite par systèmes (neuro, digestif, cardio, etc).»

Ils ont mis en place une fiche reprenant les médicaments couramment utilisés et les effets indésirables. La révision de la médication dans ces projets pilotes ne s'arrêtent pas à la révision lors du passage à la prescription médicale informatisée au sein de la maison de repos. Les MRS-pilotes ont souhaité aller plus loin et penser aux patients avec des risques importants: « Nous travaillons aussi à la transmission au médecin traitant d’un courrier explicatif et d’un talon réponse avec si possible un contact direct avec un référent. Nous réalisons des réunions pluridisciplinaires toutes les semaines afin d’identifier les résidents polymédiqués. »

De leur coté, Mme Demeulemeester, directrice des soins et Mme Hélas, référente qualité des Buissonnets, ont montré que sur 18 revues de médication réalisées, des incohérences ou interractions possibles ont été retrouvées pour 78/190 médicaments analysés (41%). Cela a permis d'en prendre 10 en considération après analyse.

Les freins

Ces actions concrètes permettent des améliorations, mais des freins existent sur le terrain : manque de temps de certains médecin traitant, transfert des données avec la pharmacienne de  manière sécurisée et adaptée, utilisation de deux canaux de communication différents en interne (une révision médicamenteuse papier et DPI), difficulté rencontrée lors de la communication avec le médecin traitant bloquant la validation médicamenteuse, le fait que les patients tiennent encore fort à l'ensemble de leur médication par habitude principalement.... 

Que faire contre ces freins ? Une piste est envisagée : la révision médicamenteuse peut se réaliser au sein de l’hôpital de jour gériatrique pour trianguler avec le patient.

Parfois, les spécialistes initient les traitements et le médecin généraliste n’ose pas toujours remettre en cause le traitement prescrit. Sur le terrain, on constate aussi cette notion d’inertie médicamenteuse : le traitement fonctionne, alors on garde le même.

Il faut aussi une discussion par rapport au logiciel PEPS : le médecin peut ajouter des médicaments sur la plateforme, mais ne sait pas si facilement supprimer le médicament.

Lors d’une présentation sur la vision des soignants à propos des MRS, Mme Vanbutsele, infirmière en chef et Mme Severino, coordinatrice de l’unité spécifique de la Résidence « Les Buissonnets » ont mis en avant le problème du transfert des données avec la pharmacie (réseaux non communicants), des difficultés des référents de rencontrer tous les médecins traitants...

Le dialogue doit donc se poursuivre sur le terrain pour améliorer les interactions entre tous les acteurs.... « Nous remarquons que ces projets améliorent la qualité des compétences interdisciplinaires entre les différents professionnels de santé et permettent à améliorer la connaissance et la communication entre les différents professionnels de la santé. Le travail continue pour améliorer la prise en charge de la médication et les pistes d'amélioration par les maisons de repos pilotes sont encore nombreuses. De beaux projets motivants en perspective», conclut Charlotte Dejehansart.

Lire aussi: Maison de repos: Solidaris veut renforcer le rôle du médecin coordinateur et propose l’arrivée d’un pharmacien coordinateur

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