En première ligne: un film qui révèle l’épuisement des soignants

Le film franco-suisse En première ligne, réalisé par Petra Biondina Volpe et sorti dans les salles il y a un mois, suscite un vif écho parmi les médecins et infirmiers. Plusieurs soignants disent être sortis bouleversés de la projection, qui met en scène le quotidien d’une infirmière confrontée à la surcharge hospitalière. Un film que devraient voir tous les ministres et les présidents de parti avant de décider de l’avenir des soins de santé.

Les témoignages se multiplient. Le Dr Jean-Marc Desmet, néphrologue et auteur, estime qu’« il s’agit d’un miroir tendu à notre société ». Il souligne que le film montre des infirmières, aides-soignants, médecins et proches « sans hiérarchie morale, chacun à la fois acteur et victime d’un système devenu violent ». Selon lui, cette violence circule « du soignant vers le patient, du patient vers le soignant, et même entre collègues », rendant compte d’un environnement où « personne n’est épargné ».

Pour le médecin, la force du film tient au fait qu’il dévoile « ce qui échappe aux nomenclatures et aux tableaux de bord ». Il cite ces gestes non comptabilisés : « essuyer une jambe souillée, partager la photo d’un chien, rappeler calmement qu’il est interdit de fumer avec une bouteille d’oxygène, offrir un sourire ou un silence attentif ». Ces actes, dit-il, ne figurent « ni dans les grilles tarifaires ni dans les indicateurs de qualité ».

Le Dr Desmet note aussi que de nombreuses infirmières et aides-soignantes refusent d’aller voir le film, non par désintérêt mais « parce qu’elles craignent d’être confrontées à un reflet trop douloureux de leur quotidien ». Il s’interroge : « Sont-ils déjà à ce point “brûlés” pour en arriver à devoir se protéger de voir leur quotidien ? »

Nathalie Snakkers, coach, formatrice et infirmière en soins palliatifs, dit être « ressortie bouleversée ». Elle évoque « cette fatigue qui ne s’efface plus avec une nuit de sommeil » et décrit un film « terriblement réaliste », qui montre « la solitude du soignant, la rapidité du monde hospitalier et la perte de repères humains dans un système qui s’effrite ». Elle insiste aussi sur « l’humanité d’Heldin, l’héroïne, qui tente d’offrir de petits gestes remplis de tendresse ». Pour elle, En première ligne est « un cri silencieux » d’une génération de soignants « qui crient à bout de souffle : Jusqu’où faudra-t-il aller ? »

D’autres réactions circulent sur les réseaux. Le Dr Dominique Lapierre estime que le film « devrait être montré aux chefs de service et aux directeurs, ARS… ». Nathalie Gibelin, infirmière anesthésiste diplômée d’État au CH Libourne, évoque une séance « épuisante, émue aux larmes », qui lui a rappelé sa pratique de 1988 « dans une clinique chirurgicale auvergnate ».

Un autre professionnel de santé souligne que « les soignants s’oublient face aux patients, aux collègues, aux cadres ». Un autre encore rappelle que « personne ne peut faire un tel travail pour de l’argent » et appelle à soutenir ces équipes afin de réduire « leur souffrance et leur fardeau physiques et mentaux », tout en améliorant la sécurité des patients.

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