Médecins, pharmaciens, infirmiers : qui doit tenir la seringue de la vaccination ?

Le débat sur la vaccination antigrippale s’est ravivé après le refus de Frank Vandenbroucke d’autoriser les médecins généralistes à stocker le vaccin contre la grippe, au nom de la chaîne du froid. Les médecins ont réagi immédiatement, tandis que les pharmaciens sont restés silencieux. Les infirmiers, eux, regrettent d’être les grands oubliés d’une discussion qui les concerne pourtant directement.

La controverse s’est enclenchée lorsque la Chambre a rejeté une proposition de l’Open Vld visant à autoriser les généralistes à conserver les vaccins en cabinet. Pour rappel, le ministre a défendu le maintien du système actuel, réservé aux pharmaciens, invoquant la sécurité du « circuit fermé » officinal et estimant qu’un stockage en cabinet serait « un pas en arrière », sans valeur ajoutée.

Les réactions de terrain racontent une toute autre réalité. La généraliste Clémence Demulier pointe d’abord une incohérence : « Dans tous les cas, nous pouvons stocker les vaccins pour les moins de 18 ans. Dès lors, je ne vois pas pourquoi nous serions incapables de gérer des vaccins grippe. » Elle décrit ensuite l’impact concret en consultation : « Pour améliorer la couverture, disposer du vaccin au cabinet simplifierait tout. On en parle en consultation, le patient accepte, on vaccine directement : pas de second rendez-vous, pas d’oubli. » Et de résumer l’effet du trajet actuel : « Depuis que la vaccination peut se faire en pharmacie, nous ne disposons plus toujours de l’information permettant de savoir si le patient a été vacciné. »

Le Dr Élodie Brunel, médecin généraliste et secrétaire générale de l’ABSyM, poursuit : « Nous, on a les patients ‘sous la main’. Si on avait aussi les vaccins, on serait nettement plus efficaces… »

Malgré leur rôle central dans le dispositif, les pharmaciens restent silencieux. Un silence qui prive le débat d’un acteur clé et laisse ouvertes les questions soulevées par les médecins.

Quid des infirmiers ?
Un autre acteur, peut-être inattendu, s’est par contre manifesté : le professionnel de l’art infirmier. Miguel Lardennois, ancien président de l'Association belge des praticiens de l'art infirmier et conseiller en politique de santé (Ecolo), déplore que personne ne mentionne leur rôle alors qu’ils sont, selon lui, au cœur de la prévention quotidienne : « Pendant ce temps, personne ne parle des vaccins qui peuvent être administrés par les 156.000 infirmier.e.s du pays, dont 26.000 qui se rendent tous les jours au domicile des patients… Et qui depuis 2024 n’ont même plus besoin de prescription médicale pour le faire. » Il résume leur situation avec une formule : « une armée au service de la santé publique, sous/mal utilisée, invisibilisée par les médias dès qu’il y a un débat un peu sérieux sur ce thème. »

Le débat dépasse effectivement la seule tension entre professions et interroge l’organisation même des soins primaires. Le Pr Jean-Luc Belche, médecin de famille et chargé de cours à l’ULiège, s’en inquiète ouvertement : « À l’opposition ou la concurrence, dans les moments que nous vivons et avec les résultats que nous atteignons avec le format actuel, je préfère la collaboration et la synergie, entre pharmacien, infirmier et médecin. » Il insiste sur la nécessité de se recentrer sur les principes de qualité des soins : « C’est le principe de subsidiarité et de qualité des soins qui doit primer, à mon sens. »

Lire aussi: Les généralistes interdits de stocker les vaccins : « Le circuit des pharmaciens est plus sûr »

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Derniers commentaires

  • Pierre KLELS

    18 novembre 2025

    En deux petites années, les pharmaciens réalisent dans ma région 60% des vaccins Grippe et 99% des vaccins Covid contre quel émolument ?? Mystère .
    Notre non-disponibilité ( passage en 25 années de 95% à un triste 30% )nous coûte très cher .
    Les pharmaciens s'y sont engouffrés .

  • Yves METENS

    17 novembre 2025

    tous les professionnels de la santé bien formés et bien informés devraient pourvoir vacciner
    à condition d'avoir un système d'encodage adapté et disponible pour le détenteur du dmg
    en 2025 on en est encore loin .....