Les vagues de chaleur ne pourront pas être affrontées uniquement par un renforcement des services d'urgence. Dans une tribune publiée dans La Libre, deux experts estiment que la Belgique doit désormais investir dans les soins de proximité, la coordination locale et les « bassins de vie » afin de prévenir les conséquences sanitaires des épisodes climatiques extrêmes.
Pour Jean Macq (UCLouvain) et Jean-Luc Belche (ULiège), tous deux membres de la chaire Be-Hive consacrée à la première ligne, les chiffres récents de surmortalité liés à la canicule ne doivent pas conduire à concentrer toute l'attention sur les défaillances les plus visibles, comme la saturation des services d'urgence ou les difficultés des centrales d'appels. Ces constats sont indispensables, mais restent insuffisants pour prévenir les prochaines crises.
Les auteurs défendent une approche plus en amont, centrée sur les déterminants de proximité de la santé. Ils estiment que de nombreux facteurs influençant la vulnérabilité des personnes peuvent être améliorés au niveau local : disponibilité des médecins généralistes, infirmiers, pharmaciens, services sociaux et d'aide à domicile, qualité du logement, aménagement du territoire, transports, espaces publics ou encore accès aux services et aux technologies.
« Agir sur ces facteurs, déterminants proximaux de la santé, se fait le mieux au travers d'actions du quotidien », écrivent-ils. Selon eux, les professionnels de première ligne, en collaboration avec les travailleurs sociaux, les associations et les bénévoles, peuvent jouer un rôle d'alerte précoce et contribuer à prévenir les situations de rupture avant qu'elles ne se traduisent par des hospitalisations ou une surmortalité.
L'une des principales propositions de la tribune consiste à faire des « bassins de vie » la nouvelle échelle d'organisation de la prévention. Déjà inscrite dans la réforme wallonne de la première ligne, cette approche vise à coordonner, à l'échelle d'un territoire, les acteurs des soins, du secteur social, de la santé mentale, des communes et du monde associatif afin de mieux répondre aux défis combinés du vieillissement, du changement climatique et des inégalités sociales. Les auteurs rappellent que neuf consortiums transitoires ont déjà été lancés en Wallonie en vue de créer des organisations loco-régionales de santé.
Ils plaident également pour un changement de logique dans les politiques publiques. « Il faut sortir d'une approche uniquement par problèmes (plans cancers, plans vieillissement, plans alimentation saine, plan canicules, etc.) pour mettre beaucoup plus d'énergie sur des plans territoriaux », soulignent-ils. Une telle transformation nécessite toutefois du temps : les auteurs estiment qu'il faut compter près d'une décennie pour construire des réseaux locaux fondés sur la confiance entre les différents acteurs.
En conclusion, Jean Macq et Jean-Luc Belche estiment que les épisodes de canicule confirment les enseignements de la crise du Covid-19 : les territoires où les professionnels de terrain sont coordonnés répondent plus rapidement et plus efficacement aux crises. « Attendre la prochaine crise pour agir reviendrait à ignorer les enseignements tirés de celles que nous venons de traverser », concluent-ils.
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Derniers commentaires
Robin GUEBEN
22 juillet 2026Comment comptez-vous concrètement vous organiser puisque les généralistes sont de moins en moins capables de faire des actes cliniques et on se dirige de plus en plus vers le scenario "coordinateur" du KCE (avec ou sans IA) ? Je ne connais que 2 médecins qui sont capables d'une gestion de crise de guerre, de pandémie ou de crise climatique et ils sont tout deux urgentistes : l'une a suivi une formation longue et onéreuse en France en médecine de guerre et de menaces bio-terroristes, l'un est militaire actif dans l'armée belge.
Ok pour les bassins de soins et la gestion territoriale mais jamais je ne confierai le lead à des généralistes sans formation pour une gestion de crise... On a eu deux canicules récemment, aucun n'a été capable de faire une fiche claire, structurée, réaliste des actions à mener.