La politique belge de prescription et de délivrance des antibiotiques progresse mais reste incomplète, trois ans après un audit critique de la Cour des comptes, annonce jeudi l’institution. Si le nombre d’antibiotiques remboursés a diminué de 8 % entre juin 2024 et mai 2025 par rapport à 2019, la proportion de prescriptions hors conditions de remboursement continue d’augmenter, échappant au contrôle de l’Inami.
Dans son audit initial de 2022, la Cour des comptes constatait que la Belgique figurait parmi les pays européens utilisant le plus d’antibiotiques, malgré une politique jugée novatrice dès 1999. Elle relevait un encadrement insuffisant de la prescription et de la délivrance, un manque de données précises sur les antibiotiques délivrés et sur l’efficacité des mesures mises en œuvre, ainsi qu’un recours trop élevé à certains antibiotiques dont l’usage aurait dû être limité selon les bonnes pratiques cliniques. Certains de ces médicaments peuvent provoquer des effets secondaires invalidants, parfois irréversibles.
La résistance bactérienne liée à l’utilisation excessive d’antibiotiques provoque des infections incurables, responsables chaque année en Belgique de séquelles, de centaines de décès et de dépenses publiques estimées à 281 millions d’euros. En y ajoutant les pertes économiques liées à l’incapacité de travail et à la perte de productivité, les conséquences financières s’élèveraient à 281 millions d’euros par an.
Dans son suivi réalisé en 2025, la Cour des comptes a examiné dans quelle mesure le SPF Santé publique, l’Institut national d’assurance maladie-invalidité (Inami) et l’Agence fédérale des médicaments et des produits de santé (AFMPS) ont mis en œuvre les 20 recommandations formulées en 2022. Elle conclut que six recommandations sont mises en œuvre, dix le sont partiellement ou en cours de réalisation, deux ne sont pas mises en œuvre et deux ne sont pas évaluables.
Des avancées importantes sont relevées dans le contrôle des prescriptions, notamment avec la publication, fin 2023, d’indicateurs de bonnes pratiques cliniques permettant à l’Inami d’évaluer la qualité des prescriptions des médecins généralistes. Par rapport à 2019, les antibiotiques remboursés ont diminué de 8 % entre juin 2024 et mai 2025, ce qui pourrait témoigner de l’efficacité des mesures entreprises. L’obligation de délivrer la quantité exacte, qui doit être mise en place en avril 2026, est également identifiée comme une mesure efficace pour limiter la délivrance d’antibiotiques inutiles.
La Cour des comptes met toutefois en garde contre l’augmentation des prescriptions en dehors des conditions de remboursement. La proportion d’antibiotiques non remboursés par rapport aux antibiotiques remboursés est passée de 11 % en 2019 à 12 % en 2023. Cette même année, certains antibiotiques dont les effets secondaires peuvent être importants étaient majoritairement prescrits en dehors des conditions de remboursement. Or, ces conditions visent à imposer le respect des bonnes pratiques cliniques.
La prescription hors conditions de remboursement a des conséquences négatives pour les patients, qui paient l’intégralité du prix de l’antibiotique et s’exposent aux effets secondaires d’un traitement qui n’aurait peut-être pas dû être prescrit. Elle pèse également sur la collectivité, en contribuant à l’augmentation des infections résistantes aux antibiotiques et des dépenses de sécurité sociale qui en résultent.
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Derniers commentaires
Thomas Jacob
29 janvier 2026Il est grand temps de faire des politiques de communication au grand public afin d'aider les médecins à déprescrire! Si le patient a bien en tête qu'un antibiotique n'est pas bon pour lui et est seulement un dernier recours, on finira de perdre du temps à batailler sur de vieilles habitudes pour des viroses banales... Il suffit d'une émission à la TV sur la nocivité d'un médicament pour faciliter sa déprescription pendant plusieurs mois.
Il faut mettre les moyens de ses ambitions!!!