Le Dr Caroline Depuydt vient de sortir son nouveau livre aux éditions Kennes « La promesse des psychédéliques. Révolutionner la psychothéapie ! », un ouvrage consacré aux thérapies assistées par psychédéliques, dans un contexte de hausse des troubles psychiques et de limites des approches classiques. Elle y avance que ces pratiques pourraient transformer la manière de pratiquer la psychiatrie, en modifiant en profondeur l’accompagnement des patients.
Directrice médicale générale de l’ASBL Epsylon, autrice de nombreux livres, le Dr Caroline Depuydt poursuit son engagement : « Comme psychiatre, je veux aider celles et ceux qui souffrent. Les thérapies assistées par psychédéliques méritent d’être découvertes. De plus en plus d’études scientifiques, très sérieuses, montrent leur potentiel, avec des résultats parfois impressionnants et peu d’effets secondaires lorsqu’elles sont bien encadrées. »
Quatre choses à retenir
Elle ne le cache pas : « Ces approches pourraient transformer notre manière de pratiquer la psychiatrie. » Il y a quatre choses à savoir sur les psychédéliques pris dans le cadre d’une thérapie : ils peuvent soigner, voire même guérir des troubles psychiques graves, ils ne nécessitent que quelques doses, leurs effets durent longtemps et ils ne sont ni dangereux ni addictifs (Jo Neill, professeur de psychopharmacologie à Manchester).
Médecin, elle reste lucide : « Cela fait quelques années que je m’intéresse vraiment au sujet. Je me suis formée à l’étranger parce qu’il n’y a pas de formation en Belgique. J’ai pu assister (comme observatrice) à des expériences aux Pays-Bas et j’ai vu des patients détailler les retours positifs pour eux. »
Le livre s’adresse tant aux généralistes qu’aux spécialistes : « Il s’agit d’un livre d’espoir qui explique clairement les mécanismes d’action au niveau médical et scientifique et les indications potentielles de ces thérapies. »
Beaucoup de médecins en entendent parler en consultation, sans toujours bien savoir précisément de quoi il en retourne. L’idée est de pouvoir répondre, après la lecture, aux questions que les patients posent : « Est-ce que vous avez entendu parler des psychédéliques ? Est-ce vraiment prometteur ? »
Au fil des rencontres, elle a pu voir des transformations assez importantes chez certains patients : « Ils allaient mieux, se disaient en rémission de leurs symptômes tout en me précisant : “J'ai beaucoup plus de ressources en moi pour affronter ce qui est compliqué. Je peux arrêter les antidépresseurs, je peux accepter que j'ai des moments difficiles dans ma vie sans que j'aille aussi bas qu'avant.” On constate un effet dans la diminution de l'anxiété, des consommations d'alcool et des symptômes dépressifs. »
Traverser le diagnostic
Mais comment cela se passe concrètement : « Ces substances provoquent un état modifié de conscience. Elles viennent lever des mécanismes de défense et activer la neuroplasticité. Elles vont agir sur la racine des problèmes, souvent des racines communes à différents troubles. Les patients souffrent d’une rigidité cognitive qui fait qu’ils peuvent devenir accros, se déprimer, souffrir de ruminations, avoir des troubles des conduites alimentaires… Cette prise en charge apporte plus de flexibilité sans se focaliser sur un diagnostic. L’approche traverse le diagnostic : c'est tout à fait novateur dans notre façon de comprendre la maladie mentale. Plutôt que de se contenter d'agir sur des symptômes et d'essayer de les faire disparaître, on va essayer que la personne ait en elle des ressources pour répondre à ses difficultés et pour aller mieux. En tant que psychiatre qui professe depuis 20 ans, je trouve cela génial. »
Évidemment, elle reste lucide : « Cette approche ne va pas tout remplacer pour tout le monde. Elle doit être très encadrée parce que ces substances sont puissantes et peuvent provoquer de gros états modifiés de conscience. Néanmoins, lorsque toutes les précautions sont prises, nous disposons d’une prise en charge supplémentaire. Pourquoi s'en priver dans un monde où les troubles de la santé mentale sont en pleine explosion, les psychiatres en pleine pénurie… »
Comment savoir si le traitement convient à tel ou tel patient ? « Les troubles psychotiques sont une contre-indication, tout comme les patients souffrant d’un trouble cardiovasculaire important. Les indications potentielles actuellement sont la dépression, la dépression résistante au traitement, les troubles anxieux et les troubles anxieux généralisés, l'anxiété liée à des maladies qui menacent la vie, toutes les indications de traumas psychologiques complexes et de syndromes de stress post-traumatique. »
Une révolution médicale
Il s’agit d’une révolution pour les médecins : « Ce n’est pas juste un traitement d'un côté ou une thérapie de l'autre, les deux sont indissociables. On redécouvre la base de notre métier : on travaille avant, après, mais aussi pendant la prise. Il s'agit d'être extrêmement présent auprès du patient mais pas intrusif : une prise en charge particulière qui demande une formation et un accompagnement adapté. »
Aujourd’hui, aucun financement n’est prévu en Belgique : « Le but de mon livre est d'ouvrir le débat, de déstigmatiser, mais sans idéaliser. Cette pratique existe en Suisse, en Australie, dans certains États des États-Unis, en Allemagne, en République tchèque… En tant que médecin, je ne promeus pas l'usage mais j'informe sur l'état des lieux des études : au CHU Brugmann sur la psilocybine dans le cadre de l'addiction, une étude à Gand dans le cadre de la psilocybine pour les dépressions résistantes, à Liège pour les patients dans le coma, en France sur la psilocybine dans le cadre de l'addiction à l'alcool, des études qui vont s'ouvrir à Paris pour l'anxiété généralisée avec le LSD et une étude avec la dépression résistante également… »
Pour elle, le moment est venu : « Les autorités de santé publique devraient s'en préoccuper : les traitements sont beaucoup moins longs, l'effet est immédiat… »









Derniers commentaires
Anne DE RYCK
30 mars 2026Super,je salue l initiative du Dr Depuydt ,il faut que les psychiatres,les médecins et les psychologues s intéressent aux psychédéliques et s y initient et ensuite l appliquent en thérapie !!
Je suis en train de découvrir ces thérapies et je confirme c est ouf????