L’ABSyM s’inquiète d’un « transfert progressif des responsabilités médicales » vers les pharmaciens et appelle à un débat de fond sur l’organisation des soins. Dans un communiqué diffusé mercredi, le syndicat médical estime que plusieurs initiatives récentes risquent d’affaiblir le rôle du médecin généraliste comme coordinateur central des soins.
L’ABSyM vise notamment la vaccination en pharmacie, les tests POCT, les prélèvements sanguins pour le dépistage du VIH, les programmes de sevrage des benzodiazépines ou encore les bilans thérapeutiques avec retour d’information facultatif au généraliste. Des mesures souvent présentées comme des formes de « collaboration renforcée » ou « d’innovation en matière de soins », mais qui traduisent selon le syndicat « un transfert progressif des responsabilités médicales, sans fondement scientifique clair ni évaluation des bénéfices réels pour les patients ».
Le syndicat estime que trois questions restent insuffisamment clarifiées : « Quelle est la valeur ajoutée pour le patient ? », « Comment les responsabilités sont-elles délimitées sur les plans juridique et clinique ? » et « Comment garantir l’indépendance lorsque des intérêts économiques entrent également en jeu ? »
L’ABSyM affirme soutenir la collaboration multidisciplinaire, tout en refusant qu’elle se transforme en « transfert tacite de tâches sans preuve de valeur ajoutée clinique ». « Le médecin reste responsable, en dernier ressort, du diagnostic, du traitement et de la coordination globale des soins », rappelle l’organisation.
Le syndicat défend une répartition claire des rôles : aux médecins le diagnostic clinique et les décisions thérapeutiques, aux pharmaciens l’expertise pharmaceutique liée aux médicaments, aux interactions et à la sécurité des traitements.
Dans son communiqué, l’ABSyM pointe également l’absence de « preuve convaincante d’une amélioration des critères cliniques objectifs ou des résultats évalués », ainsi qu’un manque de clarté dans la répartition des responsabilités avec les autres acteurs des soins, notamment les médecins généralistes, spécialistes et médecins coordinateurs et conseillers (MCC). Des interrogations persistent aussi, selon elle, concernant l’accès aux données des patients et l’utilisation de celles-ci.
Le syndicat médical critique par ailleurs la création de nouveaux flux de financement « sans que les gains en matière de santé aient été suffisamment démontrés ». Il demande que toute extension future des compétences des pharmaciens repose sur « des preuves scientifiques claires », une évaluation transparente des résultats pour les patients et une délimitation explicite des responsabilités.
L’ABSyM juge en revanche incompréhensible que sa demande visant à permettre aux médecins généralistes de stocker et délivrer eux-mêmes les vaccins reste bloquée. Selon le syndicat, une approche intégrée combinant consultation, vaccination et administration « en un seul moment de soins » permettrait de réduire les obstacles à la vaccination et d’améliorer la couverture vaccinale. L’organisation cite les Pays-Bas, le Royaume-Uni, l’Allemagne et plusieurs pays scandinaves comme exemples où cette pratique est déjà répandue « sans signalement de problèmes de sécurité supplémentaires ».
L’ABSyM indique enfin soutenir sa position par plusieurs prises de position récentes concernant le dépistage du VIH en pharmacie d’officine, l’élargissement du rôle consultatif des pharmaciens dans les compétences de prescription d’autres professions de santé et le contrôle des médicaments par l’IPM dans les maisons de repos.








