L'accès aux soins de santé à Bruxelles mis en péril par "l'absence de décision politique"

Plus de 600 jours sans gouvernement à Bruxelles et une nouvelle structure contrainte de fermer ses portes. Le centre médical Athéna, qui recevait depuis plus de dix ans des personnes n'ayant pas accès aux soins, a dû baisser le volet, renvoyant ses bénéficiaires vers un système de soins de santé déjà sous pression. Maintes fois interpellées afin de pérenniser ce "pilier de l'accès aux soins dans la capitale", les autorités bruxelloises se retranchent derrière les affaires courantes.

"Il est inacceptable qu'un gouvernement se cache derrière les affaires courantes pour ne pas réagir face à cette urgence : affaires courantes veut aussi dire affaires urgentes", dénoncent dans un communiqué commun Médecins du Monde, Pharmacy.brussels et la Fédération des Associations de Médecins généralistes de Bruxelles (FAMGV), à l'initiative de ce service de soins à bas seuil.
Les organisations fondatrices fustigent "l'absence de décision politique claire" pour garantir la pérennité d'un dispositif pourtant reconnu comme nécessaire. "L'accès aux soins pour les publics fragilisés ne peut reposer sur des financements précaires, ni sur des décisions repoussées. Dans un contexte d'augmentation d'année en année de personnes sans chez soi sur le territoire bruxellois, cette rupture de services est incompréhensible et inhumaine", regrettent les partenaires.
Une telle fermeture est une "menace directe pour la santé publique à Bruxelles", avec des répercussions tous azimuts, soutiennent-ils. "Les conséquences de cette fermeture sont connues et documentées: retards de soins, aggravation de pathologies, recours accru aux urgences et perte de continuité des prises en charge", complètent-ils. "Concrètement, ça veut dire qu'un sans-abri souffrant de diabète n'a plus nulle part où aller", illustre-t-on.
La fermeture du centre Athéna intervient alors que les hôpitaux bruxellois et les médecins généralistes sont déjà sous pression. D'autres dispositifs "bas seuil", c'est-à-dire qui facilitent l'accès aux publics vulnérables en réduisant notamment les barrières administratives, sont menacés, dont le Hub humanitaire, qui devra cesser ses consultations médicales le 31 mars.
Par ailleurs, depuis le 1er janvier, l'équipe mobile Cover - géré par le Projet Lama et le Samusocial - a cessé ses maraudes sanitaires à destination des personnes en situation de sans-abrisme, faute de financement. "Il s'agissait de la seule équipe médicalisée à faire de la veille sanitaire à Bruxelles", explique Rémi Dekoninck, le coordinateur. "Vingt-deux personnes ont été licenciées", regrette-t-il.
"Le fond du problème, c'est que des problématiques structurelles sont gérées avec une approche facultative. Ce modèle est complètement bancal et non durable et ça, c'est une responsabilité politique", blâme Pierre Van Heddegem, le directeur des opérations belges de l'organisation humanitaire Médecins du Monde.
Les organisations demandent dès lors au gouvernement bruxellois de se positionner clairement sur la continuité et le financement structurel des dispositifs d'accès aux soins de première ligne. "On veut que ce type de services soit ancré dans le paysage des soins bruxellois de manière durable", réclament-elles.
Sollicité par l'agence de presse Belga, le ministre bruxellois de la Santé Alain Maron a indiqué qu'au vu de la situation budgétaire et politique actuelle, il n'y avait pas de solution budgétaire à long terme pour sauver l'ASBL. "Le centre Athéna connait depuis plusieurs années une fragilisation structurelle de sa situation financière", expose le porte-parole d'Alain Maron. 
En raison des affaires courantes et du fonctionnement en douzièmes provisoires, la structure a dernièrement été privée de 150.000 euros de subside sur les 700.000 nécessaires à son fonctionnement, précipitant sa fermeture. "Cela démontre encore une fois, si besoin était, l'urgence de voter un budget et former un gouvernement de plein exercice", lance le cabinet du ministre écologiste, tout en taclant l'échelon fédéral. "Il faut également pointer le fait que le centre prend en charge un nombre important de personnes (migrantes) qui devraient être prises en charge et financées par le fédéral."

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