Interdiction des arômes dans les cigarettes électroniques : une mesure stricte soumise au gouvernement

Une interdiction de tous les arômes des cigarettes électroniques, à l’exception de l’arôme de tabac, sera proposée au gouvernement, indique mercredi un communiqué du ministre de la Santé, Frank Vandenbroucke. La mesure s’appuie sur un avis du Conseil supérieur de la santé, qui recommande une réduction « urgente et significative » du nombre d’arômes autorisés afin de limiter l’attrait croissant du vapotage chez les jeunes.

« Nous devons protéger nos enfants et empêcher qu’une nouvelle génération devienne dépendante au tabac. Avec leurs arômes attrayants, les vapoteuses sont délibérément conçues pour inciter les jeunes à fumer. C’est inacceptable », déclare le ministre, qui s’inscrit dans la continuité du travail de la députée Els Van Hoof (CD&V), engagée de longue date en faveur de restrictions strictes.

Le communiqué rappelle que près de deux personnes meurent chaque heure en Belgique des conséquences du tabagisme et que l’impact sanitaire, social, économique et écologique reste majeur. Ces dernières années, plusieurs mesures ont été adoptées : interdiction des cigarettes électroniques jetables, limitation accrue des lieux où fumer ou vapoter est autorisé, notamment ceux fréquentés par des enfants. D’autres restrictions sont en préparation dans la perspective d’une génération sans tabac en 2040.

Les données récentes confirment une progression rapide du vapotage chez les jeunes. Selon l’enquête VAD 2023-2024, 28 % des élèves ont déjà vapoté, 23,5 % l’ont fait au moins une fois durant l’année scolaire et 9 % vapotent chaque semaine. L’Enquête de santé 2022-2023 de Sciensano signale une multiplication par dix de l’usage quotidien chez les 15-24 ans, de 0,6 % en 2018 à 6,3 % en 2023-2024. L’OMS observe également que le vapotage est neuf fois plus fréquent chez les jeunes que chez les adultes.

Les arômes constituent un facteur central. Une étude commandée par la Fondation contre le cancer conclut que les goûts fruités et sucrés augmentent l’attrait du produit tout en camouflant sa nocivité. Des tests révèlent, dans certaines cigarettes électroniques jetables, la présence de pesticides ou de plomb en plus de la nicotine. Le Conseil supérieur de la santé rappelle que les preuves d’un bénéfice des arômes dans le sevrage tabagique sont « limitées et peu concluantes » et insiste sur le fait que « la protection des jeunes doit toujours primer sur les préférences gustatives des utilisateurs adultes ». Il souligne également la nécessité d’harmoniser la politique belge avec celle des pays voisins pour réduire les achats transfrontaliers.

Une déclaration commune récente d’associations scientifiques de pneumologie, cardiologie, endocrinologie, gastro-entérologie, oncologie, pédiatrie, radiologie, radiothérapie, urologie, chirurgie et ORL affirme qu’« il n’existe aucune preuve indépendante et fiable » que les cigarettes électroniques soient nettement moins nocives à long terme. Elles rappellent la présence de métaux lourds, de solvants organiques et le rôle des arômes dans la popularité du vapotage chez les jeunes, plaidant pour une réglementation stricte.

Le ministre proposera d’adopter le modèle néerlandais, qui maintient uniquement l’arôme tabac. Aux Pays-Bas, une évaluation du RIVM montre que deux cinquièmes des utilisateurs vapotent moins après l’interdiction des arômes et que 22 % ont totalement arrêté. « La vapoteuse est une invention d’une industrie criminelle qui veut rendre une nouvelle génération d’enfants dépendants à la nicotine, et les innombrables arômes camouflent l’énorme nocivité du produit », déclare Frank Vandenbroucke. « Tandis que les enfants apprécient des goûts comme le chewing-gum, le pop-corn ou la framboise, ils inhalent de la nicotine, voire du goudron ou des pesticides. Une interdiction de ces arômes est la seule solution pour mieux protéger nos enfants. »

Els Van Hoof se félicite de cette décision : « C’est une bonne chose que l’on mette enfin un terme à la prolifération des arômes de fruits et de bonbons qui attirent les jeunes vers le vapotage. Je plaide en faveur de cette mesure depuis 5 ans déjà. » Elle rappelle que des utilisateurs « toujours plus jeunes (12-14 ans) » développent une dépendance à la nicotine en raison des goûts proposés par l’industrie, que « plus de la moitié des jeunes qui vapotent fument également » selon Kom op tegen Kanker, et que la Fondation contre le cancer identifie le vapotage comme « une étape importante vers le tabagisme ». Elle estime que la mesure contribuera à enrayer une tendance qui « constitue une attaque contre la santé publique ».

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