Infections nosocomiales : « Il faut mettre les hôpitaux en concurrence pour provoquer une émulation »

Sepsibel a organisé une table ronde au Parlement fédéral, avec le soutien de Kathleen Depoorter (N-VA), pour remettre la prévention des infections nosocomiales au centre du débat politique. La députée fédérale et pharmacienne Carmen Ramlot (Les engagés) plaide notamment pour plus de transparence entre hôpitaux afin de créer une émulation, alors que la Belgique affiche un risque d’infection supérieur à celui observé dans les pays voisins.

La Belgique est confrontée à un problème persistant d'infections nosocomiales. Les personnes hospitalisées dans notre pays courent 30 % de plus de risques de contracter une infection que dans un hôpital européen moyen. Si l'on regarde nos pays voisins, le tableau est encore moins réjouissant : le risque d'infection nosocomiale est deux fois plus élevé ici qu'en Allemagne, et 23 % plus élevé qu'aux Pays-Bas et en France. Il est également frappant de constater que nos résultats sont moins bons que lors des précédentes évaluations en 2017 et 2011. Le coût humain et social des infections nosocomiales (évitables et inévitables confondues) est énorme. Chaque année, cela représente 900 000 hospitalisations (ou réadmissions) supplémentaires, 2 700 décès et plus d'un demi-milliard d'euros de dépenses supplémentaires en soins de santé.

Changer les habitudes et les mentalités

Afin de bien placer ce thème à l'agenda politique, Sepsibel, association dédiée à la lutte contre le sepsis, a organisé une table ronde au Parlement fédéral, avec le soutien de Kathleen Depoorter (N-VA). Une pétition en ligne pour une plus grande sécurité des patients a également été lancée. « Pour améliorer la prévention des infections dans nos hôpitaux, il n'est pas nécessaire de prévoir un nouveau budget. Il faut toutefois des directives et des procédures claires en matière de prévention des infections, une bonne formation et un soutien adéquat du personnel soignant, ainsi qu'un suivi fiable et actualisé des données », souligne l’association.

Une émulation entre hôpitaux

Députée fédérale (Les engagés) et pharmacienne, Carmen Ramlot (photo) veut que cette réalité évolue : « Pour faire progresser toutes les institutions, il pourrait être intéressant de dévoiler les données des différents hôpitaux pour entretenir une émulation afin d’améliorer cette réalité de terrain. Les infections associées aux soins provoquent chaque année des souffrances humaines majeures, des milliers de décès, et exercent une pression supplémentaire sur des soignants déjà fortement sollicités, ainsi que sur des budgets de santé sous tension. »

Aujourd’hui, la complexité croissante des actes médicaux réalisés dans les hôpitaux augmente considérablement le risque de contracter une infection pendant un séjour hospitalier (infection liée aux soins). En Belgique, on estime que 111 276 patients contractent une infection liée aux soins chaque année, un nombre comparable à la population de la ville de Namur.

Pour rappel, Sciensano, en collaboration avec le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC), organise des études de prévalence ponctuelle (PPS) tous les 5 à 6 ans pour mesurer l’occurrence des infections liées aux soins et l’utilisation des agents antimicrobiens dans nos hôpitaux belges.

Quels soins hospitaliers touchés ?

Les infections liées aux soins les plus fréquemment signalées étaient les pneumonies (21,9 %), les infections des voies urinaires (18,5 %) et les infections du site opératoire (13,6 %).

Le rôle de chacun dans l’hôpital

Présent à cette table ronde, le Dr Xavier Muschart, du CHU UCL Mont-Godinne, a rappelé qu’« améliorer cette situation ne se fera pas sur un mandat politique, mais grâce à un plan étalé sur plusieurs années. Le médecin hygiéniste dépend du médecin-chef. Nous devons prendre nos responsabilités de médecin-chef et il faut de la coercition. Il faut aussi une équipe organisationnelle d'hygiène hospitalière : sage-femme, technicienne de surface, toutes les personnes au sein de l'hôpital doivent se sentir impliquées. Aujourd'hui, sur le terrain, l'hygiène hospitalière n'est peut-être pas considérée comme une urgence quand il manque plusieurs infirmières ou médecins dans un service. Ce temps de travail-là est important. Il n'est pas facile de gérer cet aspect dans les hôpitaux en pénurie et, pourtant, cela doit évidemment rester une priorité. »

> Participer à la pétition : https://www.bemedtech.be/petition-patient-safety

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