Le dispositif national OSyS, qui autorise les pharmaciens français à prendre en charge certaines affections bénignes et à réaliser des pansements simples, doit être généralisé dans les prochains mois, dans un contexte de pénurie médicale. Cette expérimentation, initiée en 2021 et déjà déployée dans plusieurs régions, suscite une vive opposition chez les infirmiers, qui dénoncent une atteinte à leurs compétences et des écarts tarifaires jugés injustifiables.
OSyS – pour orientation dans le système de soins – permet aux pharmaciens français de traiter des plaies simples, des brûlures du premier degré ou des piqûres de tiques, dans un cadre expérimental destiné à améliorer l’accès aux soins de premier recours. Le gouvernement y voit un levier contre les déserts médicaux et prépare une extension à l’ensemble du territoire.
Du côté des infirmiers, la mesure passe mal. « Cela fait partie des compétences infirmières pour lesquelles on est formés pendant trois ans. Il y a tout un raisonnement clinique derrière un pansement », explique Thierry Péchey, président d’un conseil départemental de l’Ordre des infirmiers. Il met en avant un décalage de formation : « On apprend cela en théorie et en pratique durant trois ans, alors qu’avec OSyS, il y a une formation de sept heures seulement. »
Autre point de crispation, la question des tarifs. Dans le cadre de l’expérimentation OSyS, une rémunération de 12,50 euros par patient est prévue pour la prise en charge de situations cliniques définies en pharmacie d’officine, incluant notamment les pansements simples, selon Le Moniteur des Pharmacies (2025).
Dans le même temps, la nomenclature infirmière prévoit 6,30 euros pour un pansement post-opératoire , un tarif inchangé depuis 17 ans, et 12,60 euros pour un pansement complexe , comprenant notamment la détersion, le mèchage ou la prise en charge de plaies profondes.
« On rémunère davantage un pansement simple en pharmacie qu’un pansement post-opératoire réalisé par un infirmier libéral, alors que nos tarifs sont figés depuis 2009 malgré l’inflation, l’augmentation de la charge en soins et la complexification des prises en charge », dénonce Thierry Péchey.
Les tensions sont ravivées par l’élargissement progressif des missions des officines, notamment la possibilité de prescrire et d’administrer certains vaccins depuis 2023. « On nous a donné la compétence d’accès direct au vaccin contre la grippe mais, paradoxalement, on n’en fait quasiment plus, car le patient passe à la pharmacie acheter le vaccin et le pharmacien peut lui faire l’injection dans la foulée », observe Thierry Péchey. Il redoute un engrenage. « On nous demande de travailler tous ensemble et on crée des ruptures entre nous. La profession est vent debout et se dit : demain, ce sera quoi ? »
Les pharmaciens défendent, eux, une lecture apaisée de l’expérimentation. « C’est une tempête dans un verre d’eau », juge Florent Mathieu, président d’une chambre syndicale de pharmaciens. Selon lui, OSyS vise avant tout à encadrer légalement des actes déjà réalisés de manière occasionnelle. « Il s’agit simplement de définir un cadre pour des actes qu’on fait assez rarement. Ce n’est absolument pas pour remplacer les infirmiers, on a trop besoin d’eux. »
Sur la question des tarifs, le représentant des pharmaciens évoque une renégociation à venir. « C’est une expérimentation appelée à être étendue, mais rien n’est figé. On va encore renégocier au niveau de l’État », souligne Florent Mathieu. Il estime que ce débat pourrait aussi servir de levier pour revaloriser les actes infirmiers. « À charge pour les syndicats de pharmaciens de renégocier les tarifs au niveau national et, pour les infirmiers, d’en profiter pour revaloriser leurs actes de soins, qui méritent amplement de l’être. »
Alors que la généralisation du dispositif se profile, le conflit interprofessionnel promet de s’inviter dans les discussions nationales sur l’organisation des soins de premier recours. Pour les infirmiers comme pour les pharmaciens, la question dépasse désormais l’expérimentation : elle touche à la répartition des rôles, aux conditions de formation et à l’équité tarifaire au sein du système de santé.








