Le parquet de Bruxelles souhaite poursuivre neuf personnes et sept entreprises devant le tribunal correctionnel dans le dossier Avrox, l'entreprise luxembourgeoise qui avait fourni 15 millions de masques buccaux à la Belgique durant la crise du coronavirus, rapporte La Dernière Heure mercredi. Selon le quotidien, le ministère public entend poursuivre les différents suspects pour faux et usage de faux, escroquerie et blanchiment. Le parquet de Bruxelles confirme uniquement que l'instruction est clôturée et que le dossier sera examiné par la chambre du conseil le 27 février.
"L'enquête a été finalisée et le juge d'instruction a communiqué le dossier au parquet", indique la porte-parole du parquet, Laura Demullier. "Le parquet a rédigé son réquisitoire final. Le 27 février 2026, le dossier sera inscrit à la chambre du conseil pour l'examen de la procédure. La chambre du conseil décidera alors d'un éventuel renvoi du dossier devant le tribunal correctionnel."
"Le parquet ne fournit pas d'autres informations sur le contenu du réquisitoire", poursuit la porte-parole. "Si le dossier est renvoyé, la procédure pourra être suivie lors d'une audience publique du tribunal."
Fin avril 2020, en pleine crise sanitaire, le gouvernement dirigé par Sophie Wilmès (MR) avait promis un masque buccal en tissu à chaque Belge. La Défense avait alors lancé un marché public et avait finalement retenu deux entreprises : Avrox, à qui la livraison de 15 millions de masques a été attribuée, et la société gantoise TweedCotton, chargée de fournir 3 millions de masques. La plus grande partie des masques a été distribuée via les pharmacies.
En juin 2020, le parquet de Bruxelles avait toutefois ouvert une enquête judiciaire sur l'achat des 15 millions de masques auprès d'Avrox. Plusieurs entreprises avaient alors contesté cette attribution, estimant avoir été écartées à tort du marché public et soulevant de nombreuses questions sur Avrox, une société qui ne semblait disposer d'aucune expérience préalable dans le secteur. Selon le parquet de Bruxelles, l'enquête portait notamment sur des faits présumés de faux et usage de faux, escroquerie, blanchiment et entrave à la liberté des enchères ou des soumissions. L'entreprise avait alors déclaré avoir "la plus grande confiance" dans le fait que l'enquête confirmerait qu'"aucun élément ne pouvait être retenu contre elle".
Fin février 2021, il est également apparu que les masques Avrox commandés par l'État pouvaient être nocifs pour la santé, car ils contenaient une quantité excessive de particules d'argent. Leur distribution a été interrompue et les stocks restants ont été détruits.
En mai 2021, des perquisitions ont été menées dans plusieurs pays européens dans le cadre de l'enquête judiciaire sur l'achat des 15 millions de masques. Fin 2021, il a été annoncé que quatre personnes avaient été mises en cause dans le dossier, dont Laurent Hericord, le dirigeant d'Avrox, qui a également été placé un temps en détention préventive.
Mardi, La Dernière Heure a indiqué que l'instruction judiciaire était désormais clôturée et que le parquet de Bruxelles avait décidé de poursuivre, outre Hericord et Avrox, huit autres personnes physiques et six autres entreprises pour faux et usage de faux, escroquerie et blanchiment. Selon le journal, le parquet reproche notamment à Avrox d'avoir affirmé, lors de la procédure d'adjudication, disposer d'une large expérience dans la production textile, en prétendant notamment avoir produit pour la marque de vêtements espagnole Zara, ainsi que d'avoir déclaré une expérience dans la fabrication de masques buccaux, avec des livraisons notamment vers la Guinée.
Ces affirmations auraient été totalement fausses selon le parquet. Pour les étayer, Avrox aurait en outre présenté de faux documents. Toujours selon le parquet, les différents suspects auraient tiré plus de 29 millions d'euros de l'escroquerie présumée, des montants qui auraient ensuite été blanchis, écrit La Dernière Heure.
Avrox a par ailleurs été déclarée en faillite le 17 octobre 2022 au Grand-Duché de Luxembourg. En janvier 2025, le Conseil d'État a également annulé le contrat décroché par l'entreprise pour la livraison des 15 millions de masques buccaux.








