Budget des soins : Pedro Facon rejette la franchise et plaide pour des soins plus appropriés

À l'approche des négociations budgétaires de l'automne, l'administrateur général de l'Inami, Pedro Facon, met en garde contre les mesures qui augmenteraient la participation financière des patients. Dans un entretien accordé au Soir, il estime que les économies doivent être recherchées dans une meilleure organisation des soins et une réduction des soins inappropriés plutôt que dans un transfert des coûts vers les patients.

Avec un budget de quelque 64 milliards d'euros, l'assurance maladie représente près d'un cinquième des dépenses publiques belges. Si Pedro Facon juge normal que ces dépenses fassent l'objet d'un débat, il indique que l'Inami nourrit « de fortes réserves de principe » à l'égard d'une franchise imposant au patient de financer les premières centaines d'euros de soins avant remboursement. Une telle mesure risquerait, selon lui, d'affaiblir le soutien au système de sécurité sociale. « L'assurance maladie n'est pas là uniquement pour les plus vulnérables, elle est là pour tout le monde », souligne-t-il, qualifiant également la franchise de « forme d'impôt déguisé ». « On ne peut pas toujours aller voir dans la poche du patient pour trouver de l'argent », résume-t-il.

Le patron de l'Inami estime que les véritables marges d'économies se situent dans une réforme de l'organisation des soins. Il rappelle qu'environ 60 % des dépenses de santé concernent 5 % de la population, principalement des patients atteints de pathologies lourdes nécessitant des traitements coûteux. Dans ce contexte, il plaide pour un renforcement des soins ambulatoires et à domicile, une meilleure organisation du paysage hospitalier et une application plus systématique des recommandations de bonne pratique afin de promouvoir des soins appropriés. 

Pedro Facon cite plusieurs exemples de pratiques pouvant être réévaluées. Il relève qu'environ 11 % des patients qui décèdent d'un cancer reçoivent encore une chimiothérapie ou des médicaments très coûteux dans les quatorze jours précédant leur décès et estime qu'il faut s'interroger sur une place plus importante des soins palliatifs. Il évoque également la prescription de statines chez des personnes de 90 ans ainsi que le recours encore trop fréquent à l'imagerie médicale et à la biologie clinique sans gain d'efficacité démontré.

Concernant l'incapacité de travail, l'administrateur général juge la situation « inquiétante », tout en affirmant observer des « signaux encourageants » avec une diminution des cas d'incapacité primaire. Il défend également les audits de l'Inami, rappelant que les décisions contestées sont confirmées par les tribunaux dans environ deux tiers des recours. Enfin, il se montre réservé face à une centralisation à l'Inami des missions des médecins-conseils des mutualités, une réforme qui nécessiterait selon lui d'importants investissements sans garantie de gains rapides.

> Lire l'intégralité de l'entretien (Réservé aux abonnés du Soir)

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Derniers commentaires

  • Robin GUEBEN

    03 aout 2026

    Les autres médecins en commentaires qui sont pour la franchise : il faut réfléchir et atterrir car votre discours est lunaire. Si on considère le système de santé belge comme libéral et assurantiel, la franchise est permise mais à un montant bien inférieur que 500euros ! Aux USA par exemple, c'est de 500$ à 3000$ en moyenne mais une visite chez le cardiologue par exemple c'est déjà 500$. Si on prend 500euros alors que le cardiologue coûte 50euros par consult (la franchise = 1 consultation de spécialiste), qui atteindrait en Belgique au delà de 10 consultations de cardiologue par an ?! C'est impossible : ça exclut donc la quasi totalité des patients belges de l'assurance universelle de sécurité sociale alors qu'elle est obligatoire et forcée ! Si on considère le système de santé belge comme "d'État" et redistributif, une franchise est totalement illogique selon le même principe car cela équivaudrait à spolier les travailleurs de leurs cotisations sociales pour ne jamais en profiter alors que d'autres en profiteraient (sans beaucoup payer d'ailleurs).

    Surtout en tant que médecin et selon le serment d'Hippocrate, ça me déçoit énormément que d'autres médecins se réjouissent d'une franchise (qui est un montant minimum à atteindre en cours d'année et pas un montant à économiser chaque jour de l'année entière...) qui ne responsabiliserait en rien les patients souvent BIM (pauvreté=maladies) par conséquent exclus du dispositif de franchise, selon la légalité de nos lois (alors que c'est ce flux qui est très demandeur en soins et qu'il faut réguler/trier).

  • Christian DELCOUR

    01 aout 2026

    Une franchise permettrait peut etre de responsabiliser les patients
    500 euros ne représentent qu’1,37 euros par jour pas beaucoup par rapport à l’accès aux réseaux sociaux , à Netflix, aux cigarettes, à la malbouffe etc ????

  • Pino CUSUMANO

    27 juillet 2026

    Monsieur Façon, augmenter les impôts ou la TVA, ce n’est pas aller chercher cher l'argent dans la poche des patients?
    Stop à la démagogie électoraliste, soyons réaliste et efficace.
    Arrêtez de faire croire que la médecine est gratuite et surtout ne mettez pas sans cesse les économies sur le dos des medecins car fautes de moyens, vos patients et électeurs devront supporter des soins aux rabais

  • Francois Planchon

    27 juillet 2026

    A-t-on évalué la pertinence de moduler les remboursements INAMI en fonction des risques objectifs de comportements individuels destructeurs de la santé ?
    Ne faudrait-il pas moduler des limites, avec l'INAMI qui donnerait un message clair face aux comportements à "gros risques" ?
    Imaginons un exemple : est-ce à la collectivité de payer les soins d'un conducteur accidenté et hospitalisé suite à un excès de vitesse majeur, par exemple 200 km/h ou plus sur autoroute belge, avec perte de contrôle du véhicule ?
    Est-ce à la collectivité d'assumer entièrement une récidive de cancer du poumon pour un gros fumeur qui n'a pas arrêté malgré les recommandations de son médecin ?
    Idem pour des comportements alimentaires quasi suicidaires, objectivés par le BMI (hors troubles d'assimilation) ?
    Ne faudrait-il pas se poser la question de limites éventuelles à poser, pour une plus grande responsabilisation des assurés ?
    N'oublions pas qu'en matière d'assurances, les comportements à risque peuvent limiter les indemnisations... et l'Inami EST une assurance : il ne faudrait pas l'oublier...

  • Robin GUEBEN

    25 juillet 2026

    On ne peut pas avoir une médecine anti-libérale d'État sans moyen de régularisation et compter uniquement sur la bonté de l'espèce humaine perverse psychopathe et sur une bonne logistique sans investissement structuraux pour s'en sortir.

    Comment peut-on penser que s'agencer comme le NHS ne va pas nous amener vers le même chemin que le NHS ?
    Améliorer le tri par la prévention et l'ambulatoire : ok, comment ? Moi j'ai proposé de réintroduire le SMA en cursus de 3ans. Qu'a proposé l'État ? Rien. Le corps intermédiaire de médecine générale veut juste plus d'argent pour rester pareil. L'université de professeurs uniquement issus du forfaitaire veut une médecine générale de managers rentiers publics. Les talents partent vers des systèmes libéraux, ceux qui restent sont résignés et arrêtent très vite.
    Améliorer les réseaux et la logistique d'aval des urgences : ok, comment ? L'État propose un "4 niveaux" et de nouveaux hôpitaux HGR comme "Coeur du Luxembourg" ou "CHR East-Belgium 2.0" mais un nouvel hôpital ça met 10 ans à se construire et on parle de la première pierre posée en 2040. Jusque là, l'État propose deux réformes des financements qui sont extrêmement punitives pour la méritocratie (moteur principal de la motivation du soignant) : il y aura de jolis grands hôpitaux et plus aucun soignant dedans.

    Bref mettez-vous à table avec UBPS-BUG et l'ABSYM-BVAS et des philosophes, des économistes je sais pas et parlez de Sustainability de système...

    Aussi aucun parti politique ne prendra la responsabilité d'une mesure d'austérité telle que la franchise car c'est suicidaire politiquement et il y aurait une flambée des extrêmes en 2029. Par contre, si c'est une décision d'une administration comme l'INAMI-RIZIV selon le dur principe de réalité économique qu'un système communiste doit avoir des restrictions pour sa survie (après vous pouvez trouver des prétextes "on n'a plus le choix"), ça passera : tous les citoyens vous détestent de toute façon.

    Je ne suis pas favorable à une franchise mais je veux un système libéral assurantiel (et qu'on se réveille tous). Si vous voulez une santé socialiste redistributive, ça ne peut plus fonctionner avec des bases libérales et sans moyens de régulation.