Le nombre de personnes entamant un traitement aux antidépresseurs a fortement chuté ces dernières années, mais la durée des traitements s'allonge, ressort-il d'une étude de la Mutualité chrétienne (MC), menée avec l'UGent et publiée mercredi.
Entre 2013 et 2023, le nombre de nouveaux utilisateurs a reculé de 51% parmi les affiliés de la MC âgés de 18 à 85 ans. Dans le même temps, le nombre de doses délivrées par patient et par an a augmenté de plus de la moitié. "Cela suggère que les traitements de longue durée contribuent de manière importante au volume total d'utilisation", analyse Elise Derroitte, vice-présidente de la mutualité.
Dans l'étude, un usage de longue durée correspond à un traitement de 15 mois ou plus, soit au-delà des recommandations cliniques. Au total, près d'un tiers des utilisateurs (32,7%) ayant débuté un traitement entre 2013 et 2023 sont concernés.
Certaines catégories sont davantage touchées. Les femmes et les bénéficiaires de l'intervention majorée (BIM) recourent plus souvent aux antidépresseurs sur le long terme. La probabilité augmente également avec l'âge. Ces profils sont souvent confrontés à davantage de problèmes de santé mentale et à des difficultés d'accès aux soins psychologiques, notamment pour des raisons financières ou organisationnelles, semble-t-il.
L'étude met aussi en évidence le rôle central des médecins généralistes. Dans 80% des cas, ce sont eux qui prescrivent la majorité des antidépresseurs, contre 20% pour les spécialistes, comme les psychiatres. Les patients suivis principalement par un généraliste ont ainsi plus souvent recours à un traitement prolongé.
Cela pose question, selon la MC. "Il est important que, dans le cadre de la formation médicale, des outils soient intégrés afin de prévenir et de réévaluer l'utilisation à long terme des antidépresseurs, et d'orienter plus fréquemment les patients vers un soutien psychologique", souligne Elise Derroitte.
La mutualité appelle par ailleurs à un usage plus prudent des antidépresseurs, rappelant qu'ils ne constituent pas l'unique réponse aux troubles anxieux ou dépressifs.
Dans cette optique, la MC insiste sur la nécessité de renforcer l'offre de soins psychologiques de première ligne, jugée encore insuffisante face à la demande. Elle plaide pour des investissements structurels afin d'améliorer l'accessibilité et le remboursement de ces soins, en particulier pour les publics les plus vulnérables.








