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À l’occasion de l’Assomption, France 2 a diffusé ce samedi un documentaire consacré aux guérisons inexpliquées de Lourdes et au Dr Alessandro de Franciscis, qui a dirigé pendant 17 ans le Bureau des constatations médicales du Sanctuaire. Depuis 1858, plus de 7.000 guérisons ont été déclarées à Lourdes. À ce jour, 72 guérisons ont été reconnues comme miraculeuses par l’Église catholique. Trois concernent des Belges.
« Pour un médecin, le chapitre miracle n’existe pas. Tout comme le chapitre prodige », expliquait Alessandro de Franciscis. « J’ai appris à reconnaître si quelqu’un est malade, à établir un diagnostic, à évaluer un pronostic et à juger si quelqu’un est guéri. » Son rôle n’est donc pas de reconnaître un miracle, mais de déterminer si une guérison demeure inexplicable au regard des connaissances médicales.
Le documentaire est notamment consacré au médecin italien, aujourd’hui âgé de 69 ans, et à sœur Bernadette Moriau, dont la guérison a été reconnue comme la 70e de Lourdes en 2018. Alessandro de Franciscis a présidé le Bureau des constatations médicales de 2009 à avril 2026. Il a été remplacé par le Dr Giada Monami, médecin interniste et pharmacienne italienne, première femme à occuper cette fonction.
Un Bureau médical créé en 1883
Créé en 1883, le Bureau des constatations médicales reçoit les déclarations de guérison et examine les dossiers jugés suffisamment étayés. Les médecins présents à Lourdes peuvent être invités à participer aux discussions. Les cas les plus complexes sont ensuite soumis au Comité médical international de Lourdes (CMIL), composé de spécialistes de différents pays.
« Les médecins de ce bureau sont les experts de l’évêque », expliquait de Franciscis. « C’est un collège, s’il y a un cas de guérison, je convoque le bureau, composé de croyants et de non-croyants ; on discute de guérison, pas de religion. »
Dans un entretien au Quotidien du Médecin, il résumait encore la limite de sa mission : « Si la guérison est miraculeuse, ce n’est pas à moi de le dire. Je suis médecin, j’atteste seulement d’une rémission spontanée d’une maladie grave. »
Sept critères particulièrement exigeants
L’examen médical ne consiste pas à démontrer une intervention surnaturelle. Il vise à établir la réalité de la maladie initiale puis celle de la guérison et à rechercher si celle-ci dispose d’une explication scientifique.
De Franciscis rappelait les critères appliqués : « Il faut qu’il y ait au préalable un diagnostic précis, que le pronostic soit grave, que la guérison soit soudaine, instantanée, complète, durable dans le temps et qu’il n’y ait aucune explication possible. »
L’instruction de certains dossiers peut s’étendre sur plusieurs années. Ce n’est qu’après la conclusion médicale que l’évêque du diocèse de la personne concernée peut reconnaître, ou non, un miracle.
Lourdes en chiffres
Selon les données du Sanctuaire, plus de 7.000 guérisons ont été déclarées depuis les apparitions de 1858. À ce jour, 72 guérisons ont été reconnues comme miraculeuses par l’Église. Plus de 80 % concernent des femmes. La personne la plus jeune avait 2 ans. Cinquante guérisons sont associées à un contact avec l’eau de Lourdes et six personnes n’avaient pas effectué de pèlerinage sur place. La France compte 56 guérisons reconnues, l’Italie neuf et la Belgique trois. L’Allemagne, l’Autriche, la Suisse et l’Angleterre en comptent chacune une.
Trois cas belges
Le premier Belge est Pierre De Rudder, de Jabbeke. Victime, selon la description historique, d’une fracture ouverte de la jambe gauche avec pseudarthrose, il avait 52 ans lors de la guérison rapportée en 1875. Particularité du dossier : celle-ci ne se serait pas produite à Lourdes, mais à la grotte Notre-Dame de Lourdes d’Oostakker, près de Gand. Elle a été reconnue par le diocèse de Bruges en 1908.
Joachime Dehant, de Gesves, souffrait d’un ulcère de la jambe droite avec gangrène très étendue. Sa guérison, rapportée en 1878 alors qu’elle avait 29 ans, a été reconnue en 1908 par le diocèse de Namur.
La troisième Belge est Cécile Douville de Franssu, de Tournai. Atteinte d’une péritonite tuberculeuse selon les archives du Sanctuaire, elle avait 19 ans lors de sa guérison rapportée en 1905. Celle-ci a été reconnue en 1909.
Ces trois dossiers anciens doivent naturellement être replacés dans le contexte des connaissances diagnostiques et des possibilités thérapeutiques de leur époque.
Le dossier Moriau, illustration de la procédure
Le cas de sœur Bernadette Moriau illustre la procédure contemporaine. Après plusieurs années d’expertise, son dossier a été présenté au CMIL en novembre 2016. Selon de Franciscis, 27 médecins ont participé au vote à bulletin secret et un seul s’est prononcé contre le caractère médicalement inexpliqué de la guérison.
« On a pu alors dire : la dame était malade d’un syndrome dit de la queue-de-cheval et elle est guérie d’une manière qui, pour nous, n’a pas d’explication connue. C’est à ce moment que la religion entre en jeu », expliquait-il.
Le cas le plus récent est celui de l’Italienne Antonia Raco, atteinte de sclérose latérale primitive. Sa guérison, survenue lors d’un pèlerinage en 2009, a été reconnue comme la 72e guérison miraculeuse de Lourdes le 16 avril 2025, après plus de quinze ans d’évaluation médicale.
Là où s’arrête la médecine
Pour un public médical, la distinction est essentielle. Le Bureau des constatations médicales et le Comité médical international de Lourdes ne concluent jamais à l’existence d’un phénomène surnaturel. Ils se prononcent uniquement sur le caractère médicalement inexpliqué d’une guérison au regard des connaissances scientifiques disponibles.
C’est cette séparation des rôles, revendiquée par Alessandro de Franciscis, qui fait l’originalité du modèle de Lourdes : la médecine constate l’inexpliqué ; l’Église décide, ou non, de reconnaître un miracle.








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Martine STRAUS
17 aout 2026Les guérisons inexpliquées ne sont pas des miracles. Les guérisons miraculeuses ne surviennent que chez les croyants